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Le 23 juin dernier avait lieu à Saint-Louis, près de Bâle du côté français, l’Assemblée générale annuelle de la M.O.T., organisme chargé d’étudier les expériences de coopération aux frontières de l’Hexagone avec les pays voisins et de soumettre des propositions aux différents ministères concernés.

On y a évidemment abordé les coopérations franco-suisses, autour de Bâle, sur l’Arc jurassien et autour de Genève, la Suisse étant le pays qui accueille le plus grand nombre de frontaliers français (240’000) dont la moitié est concentrée autour de Genève.

Voilà une occasion de faire le point en rappelant ce que la FEDRE a elle-même mis en avant dans ses études sur « l’effet-frontière » entre les deux pays.  

Le transfrontalier ne se limite pas aux frontaliers

Parfois, on remarque la tendance à identifier les relations transfrontalières au seul phénomène des travailleurs frontaliers. Il est vrai que c’en est souvent l’aspect le plus visible, notamment à Genève et dans le Tessin. Toutefois c’est moins le cas à Bâle où les relations sont plus apaisées car elles ne se sont pas développées principalement autour de cette question, mais sur une palette de relations économiques plus larges.

Pourquoi les entreprises genevoises rechignent-elles à investir de l’autre côté de la frontière, comme le font si volontiers leurs homologues bâloises en Allemagne et en France voisine où elles créent des emplois, ce qui limite ainsi l’augmentation rapide du recours à la main d’œuvre frontalière (120’000 à Genève, 60’000 à Bâle) avec les problèmes qui vont de pair ?

Les entreprises bâloises perçoivent clairement l’avantage de s’implanter sur le marché intérieur de l’UE, présent à quelques kilomètres de leurs bases, les entreprises genevoises ou tessinoises, semble-t-il beaucoup moins.

À l’examen des cas genevois, bâlois et tessinois, il apparaît que, moins une coopération transfrontalière repose sur des emplois créés quasi-exclusivement en Suisse avec une main d’œuvre puisée dans le pays voisin, moins cette coopération court le risque d’être déséquilibrée et génératrice de tensions.

Sur ce point, on le répète, le modèle bâlois devrait nous inspirer. Ce qui est possible là-bas devrait l’être ici aussi.

La nécessité de combiner le fonctionnel et l’humain

Les régions transfrontalières ne sont pas des régions politiques, mais d’abord des régions fonctionnelles dont l’objectif premier est de réduire les aspects jugés négatifs de la frontière dans un nombre particulier de domaines. Il s’agit donc de constructions essentiellement pragmatiques où l’on avance pas à pas, souvent lentement, en prenant garde si possible de ne pas déplacer les problèmes ou d’en créer de nouveaux.

Cela explique peut-être pourquoi les régions transfrontalières – et l’Agglomération du « Grand Genève » ne fait pas exception – donnent l’impression d’avoir si peu d’âme. Ainsi sont-elles souvent critiquées pour leur manque d’attrait, leur éloignement du citoyen, leur aspect désincarné et trop technocratique. Comment les faire vivre dans le cœur des habitants ? C’est un véritable défi, et bien malin qui aurait une réponse toute faite.

Pour le relever, il faut là aussi procéder pas à pas, tout en ayant surtout le souci de l’humain (la M.O.T. parle de « bassin de vie »). Viennent alors au premier plan des aspects longtemps négligés dans les coopérations transfrontalières, mais qui commencent à occuper une certaine place : la santé, la qualité de vie, la préservation de l’environnement, la culture, le social…

La santé ? Différentiel salarial aidant, Genève aspire le personnel soignant de France voisine, désorganisant ce secteur et créant une dépendance qui pourrait s’avérer fatale si un jour la frontière (comme pendant le COVID) menaçait de se refermer. C’est un dossier complexe, où l’on avance laborieusement, loin des solution miracles, mais on aimerait que cela aille un peu plus vite. Le social ? La richesse génère de la pauvreté, les salariés en euro (c’est-à-dire les non-frontaliers) ne pouvant suivre l’augmentation des prix en zone frontalière. À Genève même, vit-on si bien que cela lorsque le pourcentage de personnes à l’aide alimentaire est comparable à celui de la France voisine ? Il en va de même pour le nombre de personnes au chômage lorsqu’on applique les mêmes barèmes de statistiques.

La qualité de vie ? Qu’est-elle lorsque la richesse côtoie la pauvreté, lorsque les prix sont élevés, de même que chômage, le logement un casse-tête, lorsque les transports publics sont surchargés et les routes parsemées de bouchons aux heures de pointe ? La préservation de l’environnement ? C’est un défi dans une Agglomération qui s’étend, les routes et les constructions remplaçant peu à peu les espaces de verdure, sans parler du fait que des sujets jadis consensuels comme l’eau, deviennent plus conflictuels.   

Et la culture ?

Tous ces enjeux qui n’offrent pas de solutions immédiates constituent des facteurs de tensions supplémentaires, voire de disputes souvent stériles.

Avançons là où c’est possible : la culture notamment, qui entretient aussi une proximité avec le tourisme d’une part, et le sport de loisirs d’autre part. À la différence du sport de compétition organisé en fédérations nationales, le sport de loisirs, en pleine progression, permet de franchir les frontières à ski, en vélo ou à pied, et de profiter de tout l’espace. Ainsi découvre-t-on une région. De même le tourisme, qui se nourrit du patrimoine, des musées, des festivals…  Il est organisé autour du Lac par le réseau Léman sans frontière qui propose à ses institutions membres un Pass pro Tourisme réunissant une trentaine de sites.

En revanche, rien de tel dans le domaine culturel : si les Pass Culture sous des noms divers, abondent de part et d’autre de la frontière, aucun ne vise pour le moment un espace transfrontalier, sauf dans le secteur limité de la danse contemporaine (Passedanse). Ainsi n’existe-t-il pas de Pass culture lémanique, ou même de Pass culture du Grand Genève. Il est temps d’agir sur ce terrain, et la FEDRE va s’y employer.

Créée à Genève en 1996 en lien avec le Conseil de l’Europe, la FEDRE s’intéresse depuis toujours aux régions transfrontalières. En 2023, elle a noué un partenariat avec le Crédit Agricole next bank pour étudier l’effet-frontière sur le pourtour de la Suisse. Voici les numéros parus : 1. L’aide alimentaire ;  2. Difficultés du secteur de la santé ; 3. L’eau ; 4. La culture ; 5.  l’indemnisation du chômage des frontaliers ; 6. L’idée d’une carte de résident frontalier ; 7. Mobilité durable en agglomération transfrontalière ; 8.  Aspects européens des coopérations transfrontalières ; 9. Diversité des systèmes d’imposition des frontaliers ; 10. Spécificité de la Suisse dans la comptabilisation des chômeurs ; 11. Planification de transports durables en agglomération frontalière ; 12. Contribution de la culture à une identité partagée ; 13. Importance croissante des phénomènes frontaliers ; 14. Rôle du sport dans les relations transfrontalières ; 15. Démocratie en région transfrontalière ; 16. Ressources forestières transfrontalières ; 17. Les associations de travailleurs frontaliers ; 18. Avenir de la mobilité en territoire transfrontalier ; 19. « Grand Genève » ; 20. Agriculture en région franco-genevoise ; 21. Défis de la révolution industrielle 4.0 ; 22. Mise en regard des expériences de Bâle et de Genève ; 23. Développements transfrontaliers du tourisme autour du Lac Léman ; 24. Pacte démocratique à l’échelon transfrontalier ; 25. Mettre l’Humain au cœur du « Grand Genève » ; 26. Le Forum d’agglomération du « Grand Genève » ; Le millefeuille électoral du « Grand Genève ».