Accueil  〉 Coopération européenne  〉 Effet-frontière  〉 Qu’est-ce que le Forum d’agglomération du Grand Genève ?

« Pour vivre heureux, vivons cachés », écrivait Florian. Mais de nos jours, la visibilité fait souvent figure d’impérieuse nécessité, son contraire laissant croire que vous n’existez même pas. Qui a entendu parler du Forum d’agglomération du Grand Genève ? Voilà pourtant un organe transfrontalier unique en son genre, conçu comme la voix de la société civile d’une région qui peine à être en prise directe sur ses habitants. Cela fait douze ans qu’il existe, il est alors temps de le découvrir et d’en faire un bref bilan.

Organe unique en son genre

Le Forum d’agglomération est un organe consultatif. On peut y voir des similitudes avec les Conseils économiques, sociaux et environnementaux (CESER) mis en place en France dans les diverses régions pour mener des études et formuler des avis. Mais son originalité est de jouer ce rôle dans un espace transfrontalier.

Et comme tel, il est unique en son genre. Sans véritable équivalent dans les autres instances transfrontalières : ni dans la région franco-genevoise, ni à l’échelle du Léman, ni à Bâle et dans l’espace du Rhin supérieur, ni entre le Tessin et le nord de la Lombardie. Seul de son espèce.

Une instance consultative… et utile !

De 2013 à 2025, le Forum d’agglomération a connu trois mandatures de quatre ans. La quatrième (qui durera jusqu’en 2029) vient de s’ouvrir en septembre 2025. Chaque personnalité morale (ONG, fédération, groupe de réflexion, institut…) qui en est membre dispose de deux représentants (un seul ayant droit de vote), un titulaire et un suppléant. Il y avait 65 ONG membres lors de la troisième mandature, il y en a maintenant 82, ce qui est un signe concret d’attractivité. Le Forum d’agglomération n’est pas fermé. On peut en tout temps faire acte de candidature. Il est structuré en trois collèges : social et culturel, économie, environnement.

Non constitué d’élus, il n’a ni pouvoir de décision, ni d’exécution. Jouant un rôle consultatif, il peut être saisi par l’instance politique à laquelle il est affilié – le Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT) du Grand Genève – afin de recueillir son avis sur tel ou tel point. Il constitue alors en son sein une commission qui se réunit chaque mois pendant une ou deux années, rédige un rapport qu’adopte son Assemblée avant de le transmettre au donneur d’ordre, soit le type de fonctionnement classique d’une instance consultative.

Plus originale est la capacité qu’a le Forum de se saisir, de sa propre initiative, d’une question qu’il estime importante. C’est ce qu’il appelle son pouvoir « d’autosaisine ». Le modus operandi est alors le même mais il peut également s’adresser à d’autres pouvoirs au sein de l’agglomération, en particulier auprès du Comité régional franco-genevois (CRFG). Ses rapports sont également publiés (cf. accès aux rapports).

Des préoccupations sortant parfois des sentiers battus

Émanation de la société civile transfrontalière, le Forum d’agglomération a développé des réflexions qui vont au-delà du mandat initial du GLCT Grand Genève, concentré sur la mobilité, l’aménagement du territoire et l’environnement. Citons la cohésion sociale, l’accès pour tous à la santé ou au logement, la mobilité (très) douce, notamment celle des piétons, la préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité…

Il questionne volontiers le modèle de croissance de l’agglomération et souhaite – mais la tâche est considérable – œuvrer pour que se développe peu à peu un sentiment d’appartenance territoriale en favorisant toutes les initiatives qui y contribuent.

Dans le même ordre d’idées, il demande qu’on réfléchisse à une meilleure gouvernance de l’agglomération et qu’on en améliore le degré de démocratie. Il s’est aussi battu sur des dossiers concrets, comme la possibilité pour les résidents de France voisine de continuer de capter les chaînes de télévision suisses par voie hertzienne (TNT), malgré une décision en sens contraire de la SSR.

Un travail sérieux et compétent, avec quelques marges d’amélioration

La FEDRE est membre du Forum d’agglomération depuis 2024. À vrai dire, elle ne s’attendait pas à un tel professionnalisme dans les travaux de ces bénévoles issus de la société civile. Les grandes qualités, ainsi que l’expérience politique du Président actuel du Forum (la présidence est tournante), le Genevois Olivier Dufour, ainsi que le sérieux et la rigueur du secrétariat général assumé par Christelle Pralong, y sont pour beaucoup.

Pour l’essentiel, les associations (souvent composées de militants d’une cause déterminée) ont évité l’écueil de faire du lobbying personnel au sein du Forum, et ont su participer utilement à une construction collective.

Au sein des instances politiques et administratives du Grand Genève, il est possible que le Forum soit parfois victime des effets de ses rapports exhaustifs et nombreux, s’additionnant à ceux produits par ailleurs et provoquant une surcharge supplémentaire de textes complexes à analyser. Des contributions plus synthétiques seraient parfois souhaitées et auraient plus de force.

Cela nous amène à évoquer ce qui à nos yeux est un véritable point faible du Forum d’agglomération : sa politique de communication à l’égard du grand public. Certes, il y consacre des efforts, mais les médias ne suivent guère. Alors, pour l’essentiel, il demeure ignoré des habitants. On pourrait déjà améliorer les choses si toutes les entités faisant partie du Forum pouvaient effectuer un travail de relais de son activité auprès de leurs membres, qui sont parfois nombreux (pensons à la Fédération des entreprises romandes), ce qui créerait peut-être un effet boule de neige débouchant sur un surcroit de visibilité, et donc de légitimité.

Créée à Genève en 1996 en lien avec le Conseil de l’Europe, la FEDRE s’intéresse depuis toujours aux régions transfrontalières. En 2023, elle a noué un partenariat avec le Crédit Agricole next bank pour étudier l’effet-frontière sur le pourtour de la Suisse. Voici les numéros parus : 1. L’aide alimentaire ;  2. Difficultés du secteur de la santé ; 3. L’eau ; 4. La culture ; 5.  l’indemnisation du chômage des frontaliers ; 6. L’idée d’une carte de résident frontalier ; 7. Mobilité durable en agglomération transfrontalière ; 8.  Aspects européens des coopérations transfrontalières ; 9. Diversité des systèmes d’imposition des frontaliers ; 10. Spécificité de la Suisse dans la comptabilisation des chômeurs ; 11. Planification de transports durables en agglomération frontalière ; 12. Contribution de la culture à une identité partagée ; 13. Importance croissante des phénomènes frontaliers ; 14. Rôle du sport dans les relations transfrontalières ; 15. Démocratie en région transfrontalière ; 16. Ressources forestières transfrontalières ; 17. Les associations de travailleurs frontaliers ; 18. Avenir de la mobilité en territoire transfrontalier ; 19. « Grand Genève » ; 20. Agriculture en région franco-genevoise ; 21. Défis de la révolution industrielle 4.0 ; 22. Mise en regard des expériences de Bâle et de Genève ; 23. Développements transfrontaliers du tourisme autour du Lac Léman ; 24. Pacte démocratique à l’échelon transfrontalier ; 25. Mettre l’Humain au cœur du « Grand Genève ».