Région
Le sous-préfet, un acteur au service du territoire
01.10.2018

Jean Marc Bassaget, Sous-Préfet de Saint Julien en Genevois, nous soumet une réflexion sur la dualité et la complémentarité entre action publique et entreprise.

 

« CHANGE YOUR MIND » ………...

Je n’ai pas un goût prononcé pour les anglicismes, mais le titre de cette réflexion, m’est venu à la suite de la visite de l’entreprise « MIND » située sur la technopole d’Archamps en Haute Savoie, dans le cadre de la semaine de l’industrie.

La philosophie générale du management de cette petite entreprise, véritable laboratoire d’idées et de concepts pour l’industrie m’a fortement marqué et je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre ce que j’ai entendu et vu ce jour-là et les objectifs de transformation et de modernisation de l’action publique à laquelle je participe au quotidien.

Après avoir été par le passé qualifiés de : « facilitateurs », « d’assembliers » ou encore de « développeurs », ce que nous sommes encore au quotidien, le Président de la République a demandé au corps préfectoral d’être des « entrepreneurs de l’Etat ».

« Cette fonction d’entrepreneurs d’État doit être l’ADN des préfets d’aujourd’hui » a-t-il ajouté.

Considérant la structure en double hélice de l’ADN, l’on peut se demander où se loge cette nouvelle fonction ?

Lanalyse scientifique du cortex préfectoral, laisse à penser qu’il échappera à la modification génétique du moins collective, car la question qui se pose à lui n’est pas : « sommes-nous capables de devenir cela ? » mais « que faut-il donc changer pour être cela ? »

Pour être des « entrepreneurs d’État » les préfets et sous-préfets doivent-ils s’inspirer de ce que sont les entrepreneurs dans l’État ?

Ce qui est certain c’est qu’ils doivent s’interroger individuellement et collectivement sur ce que signifie « entreprendre » et sur la façon dont nous voulons entreprendre au service de l’État et de nos concitoyens.

Le chef de l’État a par ailleurs indiqué : « Je veux que nous sortions d’une administration de précaution et de la reproduction pour prendre la part de responsabilité et de risque qui vous et qui nous revient » ajoutant ensuite « je ne vous demande pas d’être des automates »

Entreprendre c’est être en confiance, c’est décider, c’est être courageux et s’inscrire dans une perspective claire mais entreprendre c’est aussi être créatif, c’est explorer, expérimenter, proposer de nouvelles attitudes, de nouveaux comportements de nouvelles missions, prendre des risques, oser...

Si tout cela c’est entreprendre, alors engageons la réflexion sur le fonctionnement de nos administrations.

La question de départ ne peut pas être comme nous l’entendons souvent : faut-il supprimer des lieux (les sous-préfectures...), faut-il changer les hommes…??

Non les questions essentielles sont :

Quelles missions l’État doit-il assurer sur les territoires, dans leurs diversités et leurs spécificités, au service de l’intérêt général ?

De quels moyens humains et matériels doit-il disposer pour entreprendre ? Comment les répartir au mieux sur le territoire ? Comment coller au plus près aux besoins exprimés par les tous les acteurs ?

Mais aussi et surtout comment mettons-nous en place à la fois un management opérationnel qui nous permettra de gérer le court terme et le quotidien dans l’écoute et la proximité d’un État territorialement expert et un management stratégique, celui qui permet réellement d’entreprendre parce qu’il est prospectif et qui doit nécessairement « prendre de la hauteur ». ?

N’est-ce pas le management stratégique qui assure le développement et la pérennité de l’entreprise ?

Mais nous sommes porteurs de deux « désirs d’État », celui qui émane du local ancré dans la diversité des territoires et fortement plébiscité et celui qui émane de la stratégie publique plus difficile à appréhender et à faire partager.

Je crois à l’État local, parce qu’il est opérationnel, réactif et qu’il ressent au quotidien battre le cœur de notre pays.

Je plébiscite un Etat stratège, prospectif celui qui porte la volonté générale et non comme le disait Rousseau la « volonté de tous », qui est souvent démagogique…

Être « entrepreneur de l’État » n’est-ce donc pas simplement au quotidien, inclure dans notre ADN l’équation entre ce que je crois et ce que je veux ? »

Au pays du CERN, soyons donc collectivement et de concert des « accélérateurs de particules », des agitateurs de neurones sans préjugés et sans à priori sur ce que nous sommes, pour nous enrichir mutuellement et participer au nécessaire rapprochement de nos planètes...

Le Genevois territoire frontalier doit être un formidable « laboratoire » de l’innovation. Un « territoire laboratoire » expérimental qui pourrait s’élever pour un temps donné au-dessus des contraintes réglementaires pour agir ensemble et rassembler des énergies communes.

« La frontière doit être une couture et non une coupure » a dit Pierre MAUDET le jour de son investiture. Depuis quelques jours elle est devenue « une soudure » avec la jonction des rails du CEVA

Faisons en sorte qu’elle devienne une culture commune… et pour cela

….. OPEN OUR MIND »

 

Jean-Marc Bassaget

Illustration : site internet de MIND