Skip to Content
»
L'Etat ouvre les barrages français à la concurrence

Le gouvernement donne aujourd'hui le coup d'envoi officiel de l'ouverture à la concurrence des barrages. Pour la première fois depuis 1919, l'Etat va mettre en concurrence le renouvellement des concessions hydroélectriques françaises. Le processus concernera une cinquantaine d'ouvrages d'ici à 2015. Ceux-ci ont été regroupés au sein de dix concessions d'une capacité totale de près de 5.300 mégawatts, soit environ 20 % de la puissance du parc hydroélectrique français. Le reste des ouvrages suivra au delà de 2015. Les premiers appels à candidatures devraient intervenir en 2010 pour les ouvrages de la vallée de l'Ossau (Pyrénées-Atlantique), et du Lac Mort (Alpes). Les concessions les plus importants - celles de la vallée de la Truyère (2.014 mégawatts), de la Dordogne (1.551 mégawatts) et de Bissorte (882 mégawatts) -lanceront leurs appels à candidatures entre mi-2011 et mi-2012.

Pourquoi les barrages de la Dordogne et pas ceux de la Durance ou du Rhône ? Ces vallées ont été choisies parce que la concession de l'un des ouvrages arrivait à échéance d'ici à 2015. Le gouvernement a ensuite tenu compte de l'interdépendance des barrages situés sur un même fleuve afin de définir un ensemble cohérent de dix concessions. Pour cela, il a fallu anticiper le renouvellement de certaines concessions et définir une méthode pour dédommager l'ancien concessionnaire en cas de changement.

Un enjeu clef
Attribuées pour une durée de soixante-quinze ans, les quelque 400 concessions hydroélectriques du pays ne payaient pas de redevance à l'Etat, à l'exception des ouvrages gérées par la Compagnie nationale du Rhône (CNR), une filiale de GDF Suez. Le vote de la loi Grenelle 2, début mai, va changer la donne, en modifiant les modalités des régimes de redevance pour la vente d'électricité. Le niveau de cette redevance sera définie vallée par vallée et réparti à 50/50 entre l'Etat et les collectivités locales.

Pour sélectionner les nouveaux concessionnaires, l'Etat tiendra compte de leurs propositions en matière d'environnement, d'efficacité énergétique et de redevance. Cette redevance devrait toutefois être plafonnée afin d'éviter de donner trop de poids au critère financier. Cette idée, défendue par EDF et GDF Suez, va probablement se traduire par un alignement de tous les candidats sur le plafond choisi.

L'ensemble de la démarche prendra du temps. Il faudra compter cinq ans entre la réalisation d'un dossier de fin de concession par l'exploitant actuel d'un ouvrage et l'arrivée d'un nouveau concessionnaire.

Pour EDF, l'ouverture des barrages à la concurrence constitue un enjeu clef. Avec plus de 20.000 mégawatts de puissance installée sur le territoire, l'électricien exploite environ 80 % des barrages de l'Hexagone, le reste étant essentiellement détenu par deux filiales de GDF Suez, la CNR et la Shem.

Le renouvellement des concessions suscite aussi la convoitise de poids-lourds étrangers comme le norvégien Statkraft, l'allemand E.ON ou l'italien Enel. Grâce à ce processus, GDF Suez espère disposer de 4.000 à 4.500 mégawatts de capacités hydrauliques d'ici à 2013, contre 3.723 aujourd'hui. Pourquoi un tel intérêt ? Les ouvrages sont amortis depuis longtemps. Du coup, barrages et centrales hydrauliques permettent de produire de l'électricité à un coût très bas, d'environ 20 euros par mégawatts heures. Le tout alors même que les prix de marché de l'électricité se situent aux environs de 55 euros par mégawattheures. De quoi offrir des marges substantielles aux nouveaux concessionnaires.