PARIS - Le réseau Sortir du Nucléaire, qui revendique 872 associations membres, est traversé par une crise dans laquelle certains voient un changement de ligne politique du mouvement antinucléaire français.
La direction de Sortir du Nucléaire voudrait, selon ses détracteurs, donner la priorité à la lutte contre le réchauffement climatique et oeuvrer dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, acceptant de mettre provisoirement sous le boisseau le combat contre l'énergie atomique.
Le nucléaire, qui n'émet quasiment pas de gaz à effet de serre, est vu par certains comme une solution dans la lutte contre le changement climatique.
La ligne de fracture au sein du réseau antinucléaire est apparue en décembre avant le Sommet de Copenhague de l'ONU, lorsque Sortir du Nucléaire a apposé sa signature sur "l'ultimatum climatique" (lancé notamment par le WWF, Greenpeace France et la Fondation Nicolas Hulot) qui appelait à renforcer la lutte contre le réchauffement planétaire, sans faire référence au nucléaire.
Officiellement, avec pour devise "ni effet de serre, ni nucléaire", le réseau prône la fermeture des centrales nucléaires, le recours transitoire à des centrales au gaz "à cycle combiné" (moins polluantes que les centrales thermiques classiques) ou cogénération, et l'utilisation exclusive, à terme, des énergies renouvelables pour produire de l'électricité.
Dans ce cadre, la direction du mouvement éprouve un certain embarras à justifier la signature de l'"ultimatum", qualifié d'"épiphénomène".
"La préoccupation antinucléaire n'est malheureusement pas dans les priorités d'acteurs qui pourraient nous rejoindre", explique Xavier Rabilloud, son assistant de direction basé à Lyon.
Il cite en exemple "les associations qui travaillent sur les pays en voie de développement, les questions d'exploitation des ressources" comme l'uranium au Niger.
Pour Stéphane Lhomme, jusqu'à récemment porte-parole du mouvement et qui fait l'objet depuis le 1er mars d'une "mise à pied conservatoire" en tant que salarié du réseau, "il y a derrière tout ça la volonté de rentrer dans le moule, d'aller au Grenelle de l'Environnement, de cesser d'être des gens pas contents".
Selon le directeur de Sortir du Nucléaire Philippe Brousse, il n'y a pas de divergence sur le fond mais seulement une querelle de personnes.
"Il y avait des agissements graves, en terme de violence, des problèmes de gestion d'équipe, de comportement, sur lesquels il a fallu monter au créneau de manière forte", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Stéphane a régulièrement des comportements agressifs, accepte mal de travailler collectivement, et conteste l'autorité du directeur qui coordonne notre travail à tous", selon une lettre de 11 salariés grévistes (sur 13) qui dénonçait le soutien du Conseil d'administration de Sortir du nucléaire à M. Lhomme.
Lors d'une assemblée générale, le Conseil d'administration a depuis été remplacé par un conseil provisoire. Une nouvelle assemblée générale doit se tenir en juin.
Pour Didier Anger, ancien député européen des Verts et président du Crilan (Comité de réflexion, d'information et de lutte antinucléaire) implanté près de Flamanville (Manche), "Stéphane Lhomme, c'est l'arbre qui cache la forêt, le bouc émissaire"
"Officiellement, le réseau Sortir du Nucléaire se déclare toujours d'accord avec sa banderole +Ni nucléaire, ni effet de serre+, mais dans les faits, la direction privilégie des alliances avec des groupes qui ne sont pas du tout dans la même ligne", regrette ce militant écologiste de longue date.


vous vous rendrez mieux compte de la question en allant voir ici:
http://ag.sortirdunucleaire.org/spip.php?article23
ce sont les documents préparatoires de l'ag de "sortir du nucléaire", au cours de laquelle philippe brousse a pris le pouvoir.
je vous conseille, en particulier, de lire l'annexe de stéphane lhomme, qui vous permettra de comprendre ce qui se joue. stéphane lhomme explique, notamment, qu'il n'a rien à voir avec les autres salariés, puisqu'il est directement dépendant du ca (conseil d'administration).
didier anger explique par ailleurs que les salariés se sont mis en grève pour demander l'éviction de stéphane lhomme. ce que l'histoire syndicale n'a jamais connu.
effectivement une partie du ca, en l'absence de stéphane lhomme, avait adhéré à l'ultimatum climatique. le climategate nous montre ce qu'il en est de la question du réchauffement climatique.
Effectivement, il faut aller consulter les document de la page
En lisant l'ensemble des documents, il sera facile de se rendre compte que l'accusation "d'adhésion à l'ultimatum climatique" est tout simplement fausse, et révèle la volonté de faire passer un conflit de personne pour une divergence politique.
Quant aux salariés, ils expliquent eux-même leur position dans un document accessible sur le lien ci-dessus : ils n'arrivaient plus du tout à travailler et on tiré la sonnette d'alarme notamment par inquiétude pour la pérennité du Réseau. Il s'agit peut-être d'un nouveau chapitre de l'histoire syndicale ?
Cela prouve en tous cas qu'il vaut mieux lire l'ensemble des documents disponibles - et qui sont mis à disposition sur le site du Réseau sortir du nucléaire - avant de se forger une opinion.
Pour information.
Témoignages des salariés du Réseau (recueillis le 14 février 2010 par Jean Revest)
Avant de voter à l'AG de février j'ai tenu à recueillir la parole de la bouche même des salariés en grève afin d'éclaircir le décalage de positions sur l’origine et la nature de la crise interne au Réseau exprimées par certains d'entre eux et des membres du C.A.
Je me suis entretenu avec la majorité des salariés en grève ou non (8). Les échanges avec les uns et les autres ont duré près d'une heure, en face à face ou en petits groupes.
Les salariés en grève rencontrés, m'ont tous indiqué " être en grève par solidarité avec Charlotte Mijeon (la jeune salariée nouvellement embauchée par Philippe Brousse, Chargée des relations internationales) et la Responsable des publications Nadège Morel"
Les salariés en grève rencontrés, m'ont tous indiqué " soutenir leur Directeur, Philippe Brousse, dans sa démarche notamment de sanctions envers Stéphane Lhomme"
Les salariés en grève rencontrés, m'ont tous indiqué "ne pas avoir d’autres revendications salariales"
Les salariés en grève rencontrés, m'ont tous indiqué "souhaiter que soit reconnu leur dignité face aux propos agressifs de Stéphane Lhomme"
Les salariés en grève rencontrés, m'ont tous indiqué "ne pas être en relation directe avec Stéphane Lhomme"
Je rencontre alors les 2 salariées citées par les grévistes comme étant la raison de leur grève de solidarité:
- La Responsable des publications (Nadege Morel ) m’indique : "je suis en bute à l’agressivité verbale de S.Lhomme à la suite de ma non publication dans le magazine d'un article qu’il m'avait transmis et qu’il estimait important de diffuser. Comme la charge de travail est de plus en plus importante je ne supporte plus ces divergences et accrochages. Surtout après "Copenhague" et ce qui s'est passé avec « l’Ultimatum climatique ».
- La nouvelle Chargée des relations internationales (Charlotte Mijeon) m’indique : " je suis nouvelle au Réseau, mon contrat de travail précaire doit arriver à terme très prochainement, je suis diplômée de Science-po. Je suis face à un challenge à relever car c'est mon véritable premier emploi". - (Elle se met à trembler et fond en larmes)- : "-Je n’en peux plus, c’est trop dur. J’ai été embauchée pour faire du lobbying et ça commence à porter ces fruits. Mais il faudrait plus de personnel. Il y a de plus en plus de travail. Je suis contente d’être au Réseau mais il faudrait plus le professionnaliser. Je soutiens Philippe (Brousse), il faudrait orienter le Réseau vers … » à ce moment là arrive Régis Delhomme (un autre gréviste embauché il y a quelques semaines ) qui interrompt le propos; Protecteur : « ça va, arrêtes, tu as tout dit ».
...
Dans le couloir de l'AG, je capte une bribe de conversation entre 2 délégués favorables à la destitution du CA et à la grève : "...t'inquiètes pas, ils seront payés, Philippe s'y est engagé dès le début"
Je rencontre alors Stéphane Lhomme.
Il m'indique que "l’origine de la crise provoquée par la grève est une question d'orientation politique et remonte aux lendemains du Grenelle de l’Environnement et de l’Ultimatum climatique; Je représente un obstacle interne à la réorientation du Réseau vers le « climatisme » voulue tant par le Directeur Philippe Brousse que par les salariés grévistes qu'il a embauchés et dont les intérêts ont convergé avec quelques membres du CA favorables à l’Ultimatum climatique. Comme je suis placé sous l'autorité du CA et non pas de Philippe Brousse ma présence est un obstacle à la prise de pouvoir de ceux qui veulent réorienter le Réseau. Ma personnalité et mes « coups de gueules » ne sont que l'alibi utiliser face à ma défense intransigeante de la ligne originelle du Réseau. Philippe Brousse, qui est le seul en permanence à tenir les rênes du Réseau car les membres du CA sont renouvelés par tiers tous les ans, est à la manoeuvre depuis le début de cette crise artificiellement montée par lui pour éliminer aussi les membres du CA gênants. Une question de personne pour masquer un putsch".
Jean Revest