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Le changement climatique testé grandeur nature sur une forêt du sud

Le changement climatique testé grandeur nature sur une forêt du sud

PUECHABON (Hérault) - A quoi ressemblera le sud de la France si les prédictions sur le climat se confirment? Dans l'Hérault, une forêt de chênes verts sert de cobaye à des chercheurs. Et les premiers résultats laissent penser qu'elle devrait plutôt bien s'adapter.

Depuis plusieurs années, des scientifiques du CNRS étudient la résistance et l'adaptation de cet arbre -- qui, avec le pin, est dominant dans la forêt méditerranéenne en France -- à la baisse des précipitations prévues par le Giec, groupe d'experts intergouvernemental sur le climat.

"Les scénarios climatiques pour la fin du siècle disent qu'il va y avoir une augmentation de la fréquence des sécheresses, et en zone méditerranéenne, il devrait pleuvoir 20 à 30% de moins", explique l'ingénieur Jean-Marc Ourcival.

Ces projections, "quoi qu'en disent certains, c'est la base de notre travail. Nous avons toute confiance", précise Richard Joffre, responsable de l'équipe, alors que plusieurs controverses ont récemment éclaté sur les travaux du Giec.

C'est donc dans le village de Puechabon, près de Montpellier, qu'a lieu la plus grande expérience d'interception de pluie au monde.

"On cherche à comprendre quelles sont les espèces les mieux adaptées au futurs changements", résume M. Joffre.

Deux expériences sont en cours. Pour la première, lancée en 2008, il s'agit de simuler une sécheresse de 6 mois avec un toit mobile installé au-dessus des arbres. Quand des capteurs lui en donnent la consigne, il se déplace pour protéger des pluies la parcelle testée.

La seconde, mise en place en 2003, réduit de 30% la quantité de pluie disponible grâce à un système de gouttières. Des dispositifs similaires sont installés en Espagne, Portugal et Italie.

Les chênes sont surveillés de près, et les scientifiques prennent leur pouls grâce à une tour de flux, qui mesure la quantité de CO2 captée, puis rejetée.

Lors de grandes sécheresses, un arbre "maigrit" et peut alors émettre beaucoup plus de CO2, principal gaz à effet de serre à l'origine du réchauffement climatique.

En analysant les premiers résultats, les hommes du CNRS avouent avoir été surpris: les chênes verts "résistent très, très bien", relève Jean-Marc Ourcival.

"On aurait pu s'imaginer qu'avec six mois sans pluie, une partie de la forêt allait crever. En fait, rien ne meurt. Et l'année suivante, tout revient à la normale", constate-t-il.

Sur les deux expériences, la croissance des arbres n'est pas affectée. On n'observe qu'une légère diminution du nombre de feuilles.

Avec ses racines imposantes, "le chêne vert est comme un bon père de famille, il dépense très peu et économise beaucoup", résume l'ingénieur.

Pour autant, les tests se poursuivent. "Ce n'est pas parce qu'en apparence il ne se passe rien, qu'il ne se passe vraiment rien", tient à préciser Richard Joffre.

"Il y a des adaptations très fines, et on espère à un moment donné arriver à un point de rupture d'équilibre" pour évaluer le plus précisément possible les risques qu'encourt cet arbre, ajoute-t-il.

A quelques km de là, au sein de l'Ecotron, plate-forme de recherche du CNRS officiellement inaugurée en octobre prochain, ce sont des portions de prairies qui commencent à être testées sous des dômes. Là, on simule une augmentation de température de 2°, une hausse de la concentration de CO2... Et les réactions de l'écosystème sont analysées.

Au-delà de 20 à 30 ans, les projections du Giec sont des "extrapolations". "On prolonge une courbe à vue de nez", commente Jean-Dominique Lebreton, directeur du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) du CNRS.

Aussi, "on est condamnés à s'intéresser aux mécanismes" d'adaptation des écosystèmes pour entrevoir l'avenir, résume-t-il.

Puéchabon est l'un des 29 sites forestiers du réseau Carboeurope-IP mis en place par l'Europe en janvier 2004. Au total, ce sont 69 centres de recherches issus de 17 pays européens qui participent à la modélisation des flux de carbone sur le continent et de ses mécanismes de contrôle (http://www.carboeurope.org). Ce réseau fait suite aux projets Carboeuroflux et Medeflu initiés en 1998.