Skip to Content
»
Et si la performance économique reposait (aussi) sur une politique RSE ?

Et si la performance économique reposait (aussi) sur une politique RSE ?

La conclusion de la première enquête menée en France auprès de 8 500 entreprises est sans équivoque : celles qui appliquent une politique RSE connaissent des gains de performance de l’ordre de 13 %. Sus aux idées reçues : la RSE n’est pas qu’un concept idéologique, elle représente aussi un véritable levier de compétitivité.

Performants mais responsables

C’est une étude qui botte en touche l’affirmation bien connue de l’économiste Milton Friedman selon laquelle « la seule responsabilité sociale de l’entrepreneur est d’augmenter ses profits » (The New York Times Magazine, 13 septembre 1970). « Responsabilité sociale des entreprises et compétitivité », publiée par France Stratégie1 en janvier 2016, démontre en effet que l’un n’empêche pas l’autre, que l’on peut faire les deux à la fois : augmenter ses profits et adopter des pratiques industrielles et managériales qui intègrent des préoccupations sociales, environnementales et éthiques. Au terme d’une enquête qui a concerné 8 500 entreprises, incluant aussi des PME de plus de 10 salariés, il ressort que l’écart de performance économique entre les entreprises qui mettent en place des pratiques RSE et celles qui ne le font pas est d’environ 13 % en moyenne. « Ce résultat est le même quelle que soit la manière dont on le mesure (profit par tête, excédent brut d’exploitation, valeur ajoutée par tête) et d’où on le regarde (sous l’angle de l’environnement et de l’éthique, des ressources humaines, de la relation client et de la relation fournisseur) », déclare Patricia Crifo, professeur d’économie à l’université de Nanterre, ainsi qu’à l’École polytechnique2 et co-pilote de l’étude.

La RSE enfin reconnue à défaut d’être connue

Faire de la RSE un levier de compétitivité ? Encore faut-il s’entendre sur la notion de RSE. Or, selon l’étude de France Stratégie, plus de 60 % des entreprises françaises de plus de neuf salariés déclarent ne pas la connaître. Apparue au niveau théorique dans les années 1960, elle n’a commencé à se traduire en actions concrètes qu’à partir des années 1990, notamment dans le champ du social (voir encadré). D’où cette idée reçue que se doter d’une politique RSE relèverait plus de la bienveillance, voire presque de la charité, que d’une démarche économique. « Cette idée était défendable dans un contexte où les gouvernements étaient puissants et se positionnaient en remparts contre les défaillances des marchés », affirme Patricia Crifo. « Elle ne l’est plus dans le contexte actuel. Les lois ne peuvent pas tout, on le remarque chaque jour. Les entreprises ont donc un rôle à jouer dans l’autorégulation des marchés, en se montrant innovantes sur le plan social et environnemental ».
C’est d’ailleurs pour aider les entreprises à inclure une dimension RSE dans leur stratégie de développement que le gouvernement français a mis en place, en 2013, une plateforme nationale d’actions globales pour la RSE, composée de représentants de la société civile (entreprises, syndicats, associations, ONG, experts, etc). « La question n’est donc plus de savoir si les entreprises doivent s’engager en matière de responsabilité sociale et environnementale, mais plutôt comment y parvenir », affirme Patricia Crifo.

RSE et compétitivité : comment ça marche ?

Comment peut-on améliorer la compétitivité de son entreprise en adoptant une politique RSE qui fait la part belle à l’environnement, par exemple ? « Souvent envisagée comme une contrainte, la RSE s’avère une opportunité pour repenser les process industriels ou l’organisation de l’entreprise, ce qui conduit souvent à des diminutions de consommation énergétique et de charges en général », remarque Patricia Crifo.
Le gain de performance peut aussi provenir de l’effet vertueux d’une politique RSE sur la motivation des salariés : sentant leur entreprise engagée dans des valeurs positives, ils se montreraient plus productifs et plus impliqués dans des recherches de pratiques innovantes et respectueuses de l’environnement.
Par ailleurs, une politique RSE bien valorisée peut favoriser la conquête de marchés. En Europe, 46 % des consommateurs se déclareraient prêts à payer plus pour des produits éthiques. Côtés clients, plus de 85 % des entreprises européennes du CAC 40 (contre 65 % aux États-Unis et environ 50 % en Asie) attacheraient de l’importance à la performance RSE de leurs fournisseurs, via des audits ou des questionnaires3. « Plusieurs indicateurs économiques annoncent que cette évaluation ira en s’accentuant, sachant que la norme liée aux politiques d’achats responsables est sur le point de devenir internationale », précise Patricia Crifo. L’émergence de labels RSE qui permettront aux entreprises qui s’en prévaudront de décrocher des marchés, d’obtenir des prêts « verts » et parfois aussi d’éviter des amendes « environnementales » en témoigne.

L’exemple de Patagonia, entreprise labellisée « B Corp »

Parfois un label RSE peut même protéger contre l’appétit des actionnaires ! C’est le cas du label américain « B Corp » (pour « benefit corporation »). Non seulement il valorise les engagements sociaux et environnementaux des quelques 600 entreprises qui l’arborent. Mais faisant aussi office de statut juridique, il les protège contre les actionnaires qui contesteraient que la maximisation de leurs profits ne soit pas leur seul but. Dans le cercle des « B Corp » figure la société californienne Patagonia, spécialiste de vêtements et matériels de sports et de montagne. « Nous reconnaissons notre impact sur l’environnement et nous avons à cœur de rendre à la nature ce qu’elle nous donne. Pour nous, il ne s’agit pas d’être charitable ou philanthrope, mais simplement de prendre en charge le coût de notre activité. C’est comme si nous reversions une taxe à la planète », annonce sa profession de foi. Résultat, l’entreprise de 1 640 salariés reverse 1 % de ses ventes à des associations environnementales, ce qui représente 70 millions de dollars depuis le début de son engagement en faveur d’une politique RSE en 1986. Par ailleurs, l’entreprise met un point d’honneur à utiliser des matières premières biologiques et à ne travailler qu’avec des fournisseurs respectueux de l’environnement, dont l’usine a été auditée. Cet engagement RSE fort n’a pas empêché l’entreprise de prospérer et de s’implanter dans plusieurs pays européens.

La RSE en trois dates clés

2001 : l’article 116 (intégré au Code de commerce) de la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) prévoit que les entreprises cotées en bourse indiquent, dans leur rapport annuel, une série d’informations relatives aux conséquences sociales et environnementales de leurs activités.

2009 : la RSE a fait l’objet de discussions lors du Grenelle de l’environnement. Un comité opérationnel a travaillé sur le thème « Entreprises et RSE » et ses propositions sont à l’origine d’un programme d’actions, parmi lesquelles :
  • le développement de l’information sociale et environnementale communiquée, par les entreprises, à l’attention de leurs parties prenantes (actionnaires, salariés, ONG, riverains, etc.) ;
  • le développement des référentiels de développement durable par secteurs d’activités ;
  • le soutien du développement de « labels » permettant de donner une reconnaissance aux bonnes pratiques sociales et environnementales des entreprises.


2015 : adoption de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. L’article 173 indique que le rapport de gestion des entreprises doit intégrer des informations sur la manière dont elles prennent en compte les conséquences sociales et environnementales de leur activité, incluant les conséquences sur le changement climatique des biens et services qu’elles produisent. La France et le Danemark sont les seuls pays européens à avoir fait de la responsabilité sociétale des entreprises un objet de réglementation.

Source : L'Observatoire Énergies d'Entreprises