Venue à Genève le 29 mars 2010 à l'invitation du Centre Européen de la Culture, l'ancienne Ministre des Affaires européennes, négociatrice du Traité de Maastricht au début des années 1990, a prononcé à l'Université une conférence à la fois personnelle et très documentée.
Tirant les leçons de la construction européenne depuis 1992 jusqu'à aujourd'hui, elle a d'abord relevé que, si le traité de Maastricht créait une Union Economique et Monétaire (ce dernier volet conduisant par étape à la monnaie unique, l'euro), il y avait un grand déséquilibre au sein de cette UEM. Alors que l'aspect monétaire était de nature fédérale avec la création d'une monnaie unique et d'une banque centrale européenne, l'aspect économique demeurait lui très empreint de logique interétatique.
Elle a constaté que durant ces quinze dernières années, la Commission s'est peu à peu affaiblie, alors que le Parlement européen, lui, gagnait sans cesse du poids et des compétences. Mais les acteurs principaux demeurent les Gouvernements, donc les Etats.
Elle a déploré que le Livre blanc intitulé " compétitivité, coopération, solidarité ", présenté par Jacques Delors et pourtant accepté à réitérées reprises par les Chefs d'Etat et de Gouvernement, n'ait jamais été mis en œuvre. Sur le flanc de la solidarité, elle en a déploré l'insuffisance. Ainsi de l'Allemagne qui a été laissée bien seule pour affronter les problèmes économiques de sa réunification dans les années 1990. Aujourd'hui, elle constate qu'un Etat comme la Grèce bénéficie d'un traitement moins favorable que des entreprises privées (banques, constructeurs d'automobiles) en temps de crise. Elle pense que l'acceptation d'une aide éventuelle du FMI à hauteur d'un tiers sonne comme un aveu des Européens qu'ils ne peuvent pas gérer seuls leurs propres problèmes sans s'en remettre partiellement à d'autres.
Pour surmonter durablement la crise, elle propose la création d'un véritable Fonds Monétaire Européen (FME). Elle plaide également pour l'adoption d'une véritable stratégie économique européenne à moyen et long terme, bien au-delà de la simple coordination qui existe aujourd'hui et de la concurrence fiscale qui fait rage entre les Etats-Membres. Enfin, elle suggère d'envisager la création d'une Communauté Européenne de l'Energie.
Elisabeth Guigou parle d’Europe : ce titre est en référence à son ouvrage paru au Seuil en 2004, Je vous parle d’Europe

