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Claude Haegi : L’innovation économique pour relancer le développement durable

Claude Haegi : L’innovation économique pour relancer le développement durable

Claude Haegi, président de la Fondation européenne FEDRE pour le Développement durable des régions, rappelle que le développement durable a été conçu sur trois piliers: l’écologie, l’économie et le social. La mondialisation ne peut réussir si l’un d’eux est négligé

Le rapport Brundtland intitulé Notre avenir à tous et présenté à Genève en 1987 par la Commission mondiale des Nations unies, définissait le concept du développement durable s’appuyant sur trois piliers d’égale importance: l’écologie, l’économie et le social. Le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, les confirmait. Or, dans l’usage courant, on lie souvent à tort le développement durable à la seule écologie.

Ce n’est pas par hasard si le nom officiel choisi pour la Fondation FEDRE, créée en 1996, a été Fondation pour l’économie et le développement durable des régions d’Europe. Sans succès économique, point de politique écologique et sociale possible.

En matière d’écologie, on peut certes regretter, depuis 20 ans, les atermoiements internationaux pour lutter contre le réchauffement de la planète, des programmes publics et privés insuffisants pour protéger notre patrimoine naturel, mais tout de même, ne dédaignons pas tout ce qui a été entrepris de positif, car le changement est considérable. Les initiatives locales, régionales, d’entreprises innovantes sont sans doute les plus marquantes.

Toutefois, pour les victimes du chômage, pour les migrants sans travail, pour tous ceux dont le pouvoir d’achat s’effondre, le réchauffement de la planète n’a pas la même importance et passe au second plan.

Malgré des succès, l’économie vit des crises récurrentes dont les effets ne sont pas partout les mêmes. La plus lourde conséquence en est le chômage, qui entraîne, pour un certain nombre, la pauvreté. S’élevant en Europe souvent à plus de 10%, on trouve dans quelques régions jusqu’à 50% de jeunes sans emploi, dont une partie ne rentrera jamais sur le marché du travail! Nombre de pays n’offrent pas, ou peu, de perspectives d’avenir à leur jeunesse. C’est le cas, par exemple, du Maghreb. Alors, la solution est de partir pour l’Europe. Partir là où il n’y a déjà pas de travail pour tous! L’Europe subit ces vagues. Suivant où, les émigrés bénéficieront, à la place d’un emploi, de prestations sociales coûteuses pour ceux qui les offrent, sources de tensions politiques dans les pays d’accueil. L’emploi fait partie du développement durable dans lequel on s’était engagé!

Pourtant, même en dehors de notre continent, à l’exception de terres vraiment arides, la plupart des pays possèdent quelques ressources naturelles, ou un savoir-faire minimum, pour assurer l’existence de leur population et donner du travail. Alors où est l’erreur? On a supprimé des terres vivrières au profit d’activités générant des devises, alors qu’il fallait les conserver et en créer d’autres. Certains ont su le faire, les autres ont importé des denrées à grand prix pour se nourrir. Des pays qui se sont déclarés acteurs du développement durable ne décollent pas ou même régressent, alors qu’ils ne manquent apparemment de rien pour fonctionner à peu près normalement. Pourquoi? A cause de la corruption? D’autres obstacles?

L’objectif de la mondialisation devrait, certes, permettre de diminuer des déséquilibres économiques, sociaux et environnementaux, mais elle n’a pas que des vertus. Aujourd’hui, par exemple, la mobilité des personnes accélère les déséquilibres par de vastes et problématiques mouvements démographiques en direction des zones les plus développées.

Depuis 1992, quels sont les grands programmes efficaces de productions industrielles locales qui ont été développés dans les pays les plus faibles pour y ancrer les habitants? En Afrique, par exemple, quelles propositions sont imaginées pour diminuer des importations condamnant, par leurs importances excessives, l’économie, le développement de l’emploi, le niveau de vie, les programmes environnementaux? Ceux que l’on peut trouver sont des exceptions.

La FEDRE n’a cessé de le proclamer depuis sa création: l’écologie peut être partout porteuse d’un nouveau développement économique générateur d’emplois. Celui-ci passe largement par une courageuse volonté d’innover.

Dans le domaine crucial de l’énergie, nous défendons depuis toujours le principe d’un bouquet énergétique se renouvelant et s’enrichissant. Le dogmatisme en a compromis le développement. Des recherches sur des énergies polluantes ou dangereuses ont été ralenties, voire stoppées. Nous avons besoin, au niveau mondial, de nouvelles sources énergétiques d’une importance déterminante pour assurer l’approvisionnement, préserver le climat et répondre aux besoins vitaux de populations qui, faute de mieux, consommeront sans précaution, notamment du charbon, pour répondre à des besoins légitimes.

Aucune énergie ne doit être écartée par opportunisme politique. Toutes doivent bénéficier de programmes de recherche pour tenter de les rendre compatibles avec les trois piliers du développement durable, en n’en maîtrisant les sources de pollutions ou de dangers, ainsi que des insuffisances. Des pistes d’explorations existent pour le gaz de schiste, la géothermie, le nucléaire, le gaz naturel, la biomasse, l’hydrogène, le stockage de l’électricité solaire et éolienne. A cela, il faut bien entendu ajouter les économies d’énergie, qui représentent un potentiel considérable.

Le développement durable, avec ses trois piliers indissociables, est un formidable projet de société, qui doit être appliqué localement avec une vision solidairement mondialisée. Depuis Rio, on a oublié une partie essentielle du contenu. C’est le moment de le rappeler et, dans cette période de grandes interrogations et de craintes pour l’avenir, d’avoir le courage d’innover.

Article paru dans le Temps du 15 janvier 2012.